samedi 29 mai 2010

RV Pyramide

Scène d'amour

J'ai fini par dire oui. Je me suis retrouvé le mois suivant à monter dans le camion de la Croix Rouge qu'on avait garé devant l'école, j'ai retroussé la manche de ma chemise et j'ai tendu mon bras. L'infirmière m'a posé le garrot, elle a palpé ma veine, elle a passé le désinfectant, elle dénudé son aiguille, et c'est à ce moment là que j'ai perdu connaissance. J'avais oublié que je ne supportais pas la vue du sang, l'idée-même du sang, enfin le mien, celui des autres c'est pas pareil. Quand je suis revenu à moi, on m'avait allongé par terre, l'infirmière accroupie me pressait un chiffon mouillé sur les tempes et me parlait à l'oreille. Son visage était tout proche du mien, et je vis qu'elle n'était pas inquiète. Je vis aussi la lumière jouer dans le duvet de sa joue. Un de ses cils détaché faisait comme un coup d'ongle émouvant sur sa pommette. J'étais prêt à l'aimer pour toujours lorsque je remarquai le regard désapprobateur de Violaine, pendant qu'elle rayait mon nom du registre des donneurs. Puis elle se leva de son bureau et elle sortit du camion.

(chap 4. à suivre)

RV Pyramide

Scène de crime

Je me souvenais du jour où l'apprenti avait eu le doigt pris dans le ruban de la grande scie mécanique. Tout le morceau avait sauté d'un coup, deux phalanges par terre, le gamin gueulait en se tenant la main, et le sang jaillissait à la racine, chaque battement de cœur giclait tout rouge dans la poussière. Je m'étais dit « toi mon petit t'as trop reluqué la patronne au lieu de contrôler ta scie. » A croire qu'elle le faisait exprès, de se tenir comme ça en biais dans l'atelier, accoudée à un établi, la main posée sur le col d'un outil, le genou appuyé contre une pièce en suspens, ou la taille courbée comme une arche de fenêtre au ponçage. Ça va bien pour un visiteur désœuvré comme moi, qui se laisse pas distraire de ses rêves, ou un blasé comme Miguet, tout à son ouvrage et à la satisfaction du client, mais avec un jeune qui doit tout apprendre et qui veut tout découvrir, un qui arrive pas encore à trier, là, pas de doute, c'est un crime.


(chapitre 3, à suivre)

RV Pyramide

Scène de transition

J'étais assis en équilibre sur une poutre, dans l'atelier. Violaine poursuivait sa démonstration, elle repassait toutes ses bonnes raisons au rythme même du rabot que Miguet faisait courir sur une planche. Sans doute n'écoutait-il pas plus que moi. Il connaissait déjà la chanson. Les copeaux réguliers qui tombaient sous ses mains recouvraient le sang imaginaire, et Violaine continuait son discours plein de conviction, sans se douter qu'elle se vidait lentement de sa substance. « Le sang faut pas le gaspiller ! » s'écria-t-elle soudain, en bonne gestionnaire des stocks de l'Amicale des Donneurs Bénévoles. Dompté, j'arrêtais aussitôt l'hémorragie, mes yeux résorbèrent les flaques invisibles, épongèrent le gâchis, rincèrent tout l'atelier, puis revinrent se poser sur le pied de la Présidente. Il était toujours aussi blanc, aussi vif, et la veine intacte apparaissait par transparence.

(chapitre 2, à suivre)

RV Pyramide

Scène d'exposition

Je n'avais pas tellement envie de devenir donneur de sang bénévole, mais Violaine, la présidente de l'Amicale, ne se laissait pas décourager si vite. Ses arguments ne manquaient ni de sincérité, ni de pertinence. Et sa cambrure de pied était bien charmante. Pendant qu'elle m'expliquait comment il lui fallait trouver de nouveaux donneurs, et pourquoi les besoins augmentaient sans cesse, je regardais la petite veine tentatrice battre à sa cheville, je me figurais enfoncer un trocard d'acier sous sa peau diaphane et lui placer un cathéter. J'ouvrais la petite vanne. Le sang, lisse comme du vin, se mettait à couler dans la sciure de bois, d'abord goutte à goutte, puis d'un filet continu, tranquille et généreux, emplissant le creux des copeaux qui jonchaient le sol, irriguant peu à peu toute la menuiserie de Monsieur Miguet, le mari de Violaine.

(premier chapitre d'un texte en cours d'écriture, Marathon du 28-30 mai 2010, à suivre)

1, 2, 3.... écrivez

mercredi 19 mai 2010

mercredi 5 mai 2010

le journaliste, Zéphir et les (h)auteurs




cliquez sur l'image pour agrandir


vendredi 30 avril 2010

Ceci est...


L'Exposition universelle !!!

Débauche de matériaux, de lumière, de hauteurs, d'expansions artificielles, relatives, restreintes.
Il paraît qu'y sont présentées des vues sur le futur.

Asseyons-nous, prenons le temps de la réflexion, avant de rajouter de la matière au monde, dont on ne sait que faire.

Universel ? partager quoi ? la pulsion de conquérir le monde, sur le corps de l'autre ?

" Dans la créolisation, le territoire n’existe pas.
(...) Il y a la poétique de l’errance. L’errant est celui qui a un lieu, mais ce lieu n’est plus un centre.
(...) J’essaie de voir toute la diversité intérieure, celle qui reste ouverte, qui ne fonde pas le territoire, qui ne forme pas de racine unique, qui ne fonde pas une histoire, une langue, mais qui semble se déployer en faisceaux. "

(
extrait de l'entretien avec Patrick Chamoiseau, in la revue "Nuits Blanches")

mardi 20 avril 2010

mercredi 31 mars 2010

A mes camarades et mes ami(e)s


... la vita nova selon Jean-Pierre Martin


Ces moments où l'on désire, contre l'habitus, changer de vie, d'avis, de voix, de nom, de langue ou de corps, ces efforts presque surhumains en vue de muer, muter, se rendre méconnaissable aux yeux des autres, ces événements épuisants, où tout à coup l'être de corps et d'esprit que l'on croyait formé à jamais, aussi rigide qu'une ossature, se démantèle et s'ouvre à d'autres possibles, toutes ces expériences provisoires d'autodissolution conduiraient à l'autodestruction si ne se dessinait, comme une chance, le possible d'une vita nova.
La vita nova donne à l'apostasie un horizon existentiel.

Extrait de "Éloge de l'apostat, Essai sur la vita nova" de Jean-Pierre Martin
coll. Fiction & Cie, éd. Seuil, mars 2010

vendredi 19 mars 2010

Frédérick Houdaer vs Alain Fisette

Frédérick Houdaer (dit "le franco-belge")
vs
Alain Fisette (dit "le kébékois") !


Les deux auteurs s'affronteront lors d'une lecture poétique strictement

interdite aux moins de 18 ans
(il ne sera question que des rapports homme-femme)

le MARDI 23 mars
à 19h, à la librairie À plus d'un titre
(4 quai de la Pêcherie
69002 Lyon, métro Hôtel de ville).
Entrée libre.


la veille, le lundi 22 mars, de 18h à 21h,

Frédérick Houdaer dédicacera son

dernier recueil dans les locaux d'Aleph-Ecritures
(12 bis rue Aymé Collomb, Lyon

3ème).

dimanche 14 mars 2010

Origine, entre autres

Je viens d'un monde qui sent la limaille de fer
Je viens d'un monde où l'on enterre l'animal avec ses mains
Je viens d'un monde où le travail est salissant
Je viens d'un monde de mineurs et de maçons

La suite est longue

Je viens d'un monde qui s'éloigne

D'un temps qui me quitte

Pas de nostalgie
car je vis dans le monde de maintenant

Je viens d'un monde où le vin est abondant
et corrosif

Rouille
Belle rouille !

lundi 8 mars 2010

La nuit est longue aux insomniaques

1-
S'avance sur la scène, maigre bout d'arrogance
(Voix of) L'ascenseur est bloqué au trois centième étage!
Elle tient dans sa main une pince à vélo
Une pince à lover dans ses bras les chimères
Greffées un soir de pluie -ploc-ploc-ploc- et d'ennui
(Voix off) On étouffe! Il fait chaud! ça sent le renfermé!

2-
Elle donne à ses jambes des airs de matador
Elle voudrait réveiller ses colères apaches
(Voix offf) On décroche! On décroche! Appelez les pompiers!
La lance à incendie se repose en coulisse
Une lance à noyer dans ses yeux de Bengale
Rivières gourmandes, torrents carbonisés

3-
(Voix offff) L'alarme, je te dis! Appuie encore!
S'avance sur la scène, maigre bout d'innocence
Sa gorge a des relents de souvenirs joyeux
A la corde d'un arc, sa flèche empoisonnée
(Voix offfff) Si vous ne venez pas très vite on va s'écrabouiller!
Vise au front l'infortuné souffleur

4-
Exécution! La fille à la tête de lion
Bave un fâcheux sourire en lèvres effilées
S'avance sur la scène, maigre bout d'horrisible
(Voix offffff) ça grince! les cables vont bientôt péter!
Et tire à bout cinglant sur un ange innocent
Assoupi d'aise au premier rang des fauteuils d'orchestre

5-
Cauchemar! Le sang ruisselle, dessine une infime courbure
Entre deux talons richelieu!
Hauts cris de velours rouge, les rideaux s'enveniment
(Voix offfffff) Tant pis on va rater le début du spectacle...
La fille carnassière plante ses banderilles
De sa pince à vélo arrache les faux cils

6-
La belle a des allures de pouliche fiévreuse
Va d'un galop rapide aux premières rangées
Un souffle une vapeur embrume ses cheveux
(Voix offffffff) On met combien de temps pour tomber jusqu'en bas?
De sa pince à vélo arrache la semence
Des moquettes aristocrates - et tombe le silence

7-
(Voix offfffffff) On va tomber! On tombe! J'ai un pied dans la tombe!
La fille a posé l'ange sur le tapis de danse
Il lui reste trois plumes, un oeil cabossé
Enrubanné de bleu à la sauce aigre-douce
Une fiente d'oiseau collée à son épaule
Ci-gît sous les haubans un ange supplicié

8-
S'avance sur la scène maigre bout de revanche
(Voix offffffffff) AAAAAAAAAHHHHHHH!!!!!!! Splash
Fracassé l'ascenseur en bas de l'escalier
Dehors le vent du nord redouble d'insolence
Elle a pris son manteau et sa pince à vélo
Enjambé les débris de vers indigestes
Quand le matin s'annonce, un réveil à la main.

(Voix d'outre tombe) On aurait mieux fait de monter à pied

mercredi 3 mars 2010

bastringue et tour de vis


La roue s’élance. Au pas. Au pas. Au pas.
La vitesse se contient, rassemble ses forces pour mieux s’élever. Des lames mécaniques font tanguer mon vaisseau. Tout doucement d’abord, le siècle a mis à mal les rouages de mon engin. Puis le moteur se met en branle écrasant plusieurs nichés de chats coincés sous ses roues. Enfin, le bastringue nous délivre et sa rythmique écaillée couvre enfin les grincements des machines. Mon cœur en suspens pose les armes. Il se nourrit du rêve permanant qu’on lui mente. Il aime les histoires. Celles du baron de Münchhausen, de Phileas Fogg et du Taugenicht. Ses battements, fiévreux, accompagnent un décollage imminent. Dans l’obscurité du brouillard, mon regard se porte vers les astres radieux que je m’apprête à rejoindre.

Suis-je en vie ?

Les chevaux accélèrent. Je suis seul à bord. Ma carcasse étincelle au son des cuivres. Depuis le grand platane là-bas, je le sais, on ne voit que moi. Les grandes ailes rouges de ma Torpedo s’étirent. Narguant les planètes dont elle dépasse la course. Dans ce monde qui va de plus en plus vite, la foule se fige. J’aperçois cette petite fille. Sa frange, ses nattes. Avec sa grand-mère, sur les marches, au loin, du grand palais. C’est la femme que j’épouserais. Comment s’appelle t’elle ? Elle réapparaît toutes les huit secondes. La pellicule d’un film au ralenti. Je ferme mes yeux. Je compte. Lorsque j’ouvre mes paupières, elle est encore là.

Le carrousel progresse et s’envole. Son ressac me grise tandis que le piano à manivelle fige le brouhaha des plaisanciers qui se baffrent de gaufres. Au centre, l’armée des singes frappe des cymbales. Leurs rictus crissent. Ils font un tour et regagnent leur nichoir après chacun de mes passages. Réglés sur du papier à musique. Je m’enivre des sucres absorbés. Le manège s’élève au dessus de la ville. Je me laisse faire et deviens l’enfant qu’il porte. Quelque soit la valse et le train, je ne réussis à atteindre les chevaux derrière lesquels ma voiture galope. Mais ma joie à raison de cette contrariété. Ceux qui me suivent ne me rattrapent non plus jamais. Je lévite dans une apesanteur de gloire, et j’ai touché la lune. Une douzaine de fois.

Puis, subrepticement, vint un moment, je me rappelle très bien de ce moment où, au plus entraîné de sa course, il y a la première note décadente. Celle qui appelle la chute. Comme une tâche d’huile qui s’étend, la mécanique commence à se corrompre. Le mouvement qui l’entraînait il y a un instant à s’affranchir de sa lourde pesanteur, raidit et freine à présent l’ascension du carrousel. « Tu es libre de t’envoler, je vais t’aider à t’envoler. Mais tu ne voleras pas sans moi, ricane t’il. » C’est le sac de sable qui fait monter le bouchon de liège auquel il est attaché et qui précipite sa chute lorsque le bouchon finit par le dépasser dans les airs. Le chapeau de la cime tombe dans l’abîme. Sourds à mes appels, les chevaux ralentissent en effet. Leur fatigue sourde est inévitable. La cloche retentit. Engage t’elle les enfants environnant à venir se rapprocher ou agit-elle seulement à extirper les apprentis cosmonautes de leur rêve. La grisante chevauchée se fige petit à petit…

Et l’immobilisme finit par triompher de la campagne qui hier se soulevait toute entière…

Je doute à mon tour. Celle qui m’accompagne ce mercredi à nouveau, cette femme qui est ma mère, a-t-elle pensé à acheter plusieurs jetons ? Le tour du monde pour quelques pièces de fausses monnaies ne vaut-il pas d’en posséder des coffres entiers ?

Le cinéma, le cirque et même le théâtre sont invoqués par ma mère pour décrire le saut d’humeur qui m’anime alors. Traînant des pieds, j’exprime mon souhait de changer de famille. A notre retour, le chat étire ses babines. Poussière de moustache sur museau gris, Pistache donne à la lune qu’il mimait sur le grand fauteuil, des airs de Pompadour enfarinée.

La moindre idée


mardi 2 mars 2010

au jour le jour

chaque matin des 31 jours du mois de mars,
8 (h)auteurs se donnent le mot
pour un texte court, un dessin, un rébus, une photo...
à la fin, 248 productions
à lire, écouter, exposer, regarder, feuilleter...

le concept est à déguster à la galerie 4 Barbier de Nîmes
à qui nous l'avons emprunté

pour se mettre en appétit, les mots du jour :

tempête - maquis - taire - écart - marge - dimanche - phasme
saccage - caravane - bucher - voler - aiguille - scruter - capharnaüm - chiure - stupeur - faim - manivelle - océan - résultats - moleskine - zigzag - sang-froid - babil - cliché - osmose - désolé - mousse - animal - musique